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Le vieux la fixait. Elle sentait ses yeux sans même relever la tête. Elle serrait les mâchoires et grinçait des dents. Des vagues de froid régulières lui léchait la colonne vertébrale, faisant trembler son corps vulnérable. La bouche pâteuse, le goût du vomi qu’elle ressentait de plus en plus sur sa langue, et la sécheresse sur ses lèvres la poussèrent à briser le silence dans un murmure à peine perceptible : « De l’eau… » L’homme ne bougea pas. Il décroisa ses mains posées sur ses cuisses et les appuya sur ses genoux. Comme un cheval à bascule, il se pencha vers son visage et sourit. Peut-être que ce sourire se voulait bienfaisant. Après tout, de ce qu’elle voyait depuis ces dernières minutes, il semblait désireux de s’occuper d’elle. Mais elle sentait quelque chose derrière. Comme un bruit de fond, une corde cassée, que la main délicate qui vogue sur une harpe aurait brisé dans un spasme irrépressible de violence. Elle détestait ça. L’ombre de l’incertitude qui passait sur cette image apaisante. Pourquoi fallait-il toujours qu’elle se méfie ? Peut-être parce qu’elle portait déjà trop de cicatrices… Dans ses pensées, elle ne vit pas l’homme aller et revenir. Il lui tendit un verre, qu’elle saisit d’une main hésitante. Elle observa l’eau, cherchant à déceler l’indécelable, puis, ne trouvant rien, but tout d’un trait. Elle posa le verre à terre et se replia sur elle-même, se renfonçant dans son mutisme, préférant établir un semblant de dialogue avec elle-même avant de tenter avec son protecteur improvisé. Au commencement, qui était-elle ? Une fille. Une jeune femme, perdue. Mais ensuite ? Au fur et à mesure que les secondes s’égrenaient, elle retrouvait un calme nécessaire à sa réflexion. Il fallait qu’elle voie ses affaires. Elle regarda autour d’elle : à-côté de la cheminée gisait un sac à dos East Pack noir aux multiples écussons de groupes de musique et slogans cousus. Elle se leva lentement du fauteuil, sans mot dire, soutenue par le regard pesant du vieux, sans l’entendre lui dire qu’il s’agissait bien du sien. Elle s’accroupit et ouvrit le sac pour en extirper son contenu : des vêtements y étaient roulés en boule, qu’elle se hâta d’enfiler. C’étaient les siens, ils lui allaient : le T-shirt moulant clamant « Fuck you I wont do what you tell me » avec un poing levé, le pantalon treillis militaire au genou gauche déchiré, et les chaussures de skateboard Fallen beiges lui donnaient l’allure d’une petite punk, ou encore d’une teuffeuse. Une fois habillée, elle reprit sa fouille et sortit d’autres objets. Un paquet de tabac à rouler, des feuilles longues OCB, un Zippo, une brosse à dents, des pièces de centime, une petite boîte en plastique contenant des piercings, une boîte de Dolipranes, un plan du métro parisien, et enfin une chemise cartonnée qui semblait contenir beaucoup de papiers. Toujours sous les yeux du silencieux vieil homme, elle ouvrit la chemise. Il y avait une grande quantité de feuilles vierges. Il y avait aussi une lettre, brève. Elle la lut. « Petite Fée, je sais que tu ne veux plus me voir. Je sais pourquoi. Je ne reviendrai pas dessus. Pourtant, tu es ma Fée, et je me dois d’être honnête avec toi : j’ai peur de ce que tu fais. Ces gens avec qui tu passes tes journées à te détruire sont nuisibles. Tu n’as rien à faire avec eux. Ton sourire a disparu depuis que tu es avec eux. « Va chier avec tes mises en garde ! ». Il faut bien que quelqu’un le fasse… Je ne vais pas m’éterniser. Retiens juste que tu es sur la mauvaise voie, et que ceux qui t’aiment réellement t’attendent. Je t’aime Petite Fée. Ethan » Qui était cet Ethan ? Elle n’en avait pas la moindre idée. Pourtant, les liens qui l’unissaient à lui devaient être forts, même si apparemment un grand différend les opposait. Un frère ? Un petit ami ? Un ami ? Il fallait qu’elle sache, sans savoir pourquoi elle avait besoin de savoir. Elle sentait un lien, un lien qui pouvait faire office de pont entre elle et ses souvenirs. Et aussi lointain que pouvait être ce pont, il représentait l’unique point d’ancrage à son identité. Il y avait une autre feuille étrange. Elle ressemblait à un formulaire d’admission dans un centre hospitalier. C’était d’ailleurs un centre bien particulier : un centre psychiatrique. Elle ne comprenait pas tout au jargon médico-légal, et encore moins aux anagrammes disséminés ça et là. Elle chercha son nom, sans même le connaitre, elle espérait juste qu’une révélation surgirait à la lecture d’un prénom ou d’un nom. Hélas la feuille avait été mouillée, et certains endroits étaient illisibles. L’unique nom qu’elle réussit à lire était celui du psychiatre « Carchot ». Lui aussi constituait un pont à emprunter, bien qu’il soit bien moins agréable. Un psychiatre… Quel rapport pouvait-elle bien avoir avec ça ? Un frisson de peur l’envahit. Oserait-elle redécouvrir ce pan de sa vie ? Les doigts tremblants, elle feuilleta le reste des papiers mais n’y trouva plus rien. Elle sortit les feuilles vierges, les laissa par terre et rangea le reste dans le sac. Etrange… Un tintement de métal venait du fond. Elle plongea sa main mais ne trouva rien. Par contre, elle sentit quelque chose de dur dans la doublure. Elle tâtonna jusqu'à ce que ses doigts trouvent les fils de couture de l’intérieur du sac, qu’elle arracha avec détermination. De la brèche créée tomba un couteau. Elle empoigna le manche, le sortit du sac et le tint devant son visage, troublée. La lame brillait aux lueurs du feu de cheminée. Une espèce de fascination qui s’empara d’elle. Une fascination pas tout à fait étrangère. Et lorsqu’elle tourna le couteau et vit l’autre côté de la lame, son cœur s’arrêta. Sa main se crispa. Derrière elle, elle entendit le vieux se lever précipitamment et disparaître dans le couloir, en soufflant des « Jésus tout-puissant » tous les deux pas. Du sang. Des croûtes de sang séché maculaient l’arme blanche. Hypnotisée, elle gratta de ses ongles pour vérifier la nature des tâches. Une pensée infantile et naïve lui avait susurré à l’esprit « C’est peut-être de la peinture. » mais de toute évidence… Elle ne comprenait rien. Qu’est-ce que faisait un couteau tâché de sang dissimulé dans la doublure de son sac ? Etait-ce le sien ? S’en était-elle servie sur quelqu’un ? Qui ? Quand ? Pourquoi ? Ses pensées s’emballèrent mais stoppèrent net quand elle se retourna. Le vieux se tenait là, devant elle, de retour, armé d’un fusil au canon scié. Son front suait, ses yeux s’agitaient. La panique. La peur. L’instinct de survie. « Lâche ça gamine ! » ordonna-t-il d’une voix cassée par l’effroi. Elle n’en fit rien. Tétanisée, elle ne savait que faire. Elle était dépassée. Elle ne savait pas qui elle était, pourquoi elle était là, et pourquoi elle avait ça. Le vieux lui ordonna une nouvelle fois de lâcher son couteau. Dans le vide. Elle le regarda droit dans les yeux, essayant de formuler des mots dans son esprit. Au moment où elle se releva, où elle tendit sa main libre vers lui, il se rua sur elle. D’un violent coup de pied dans le tibia, il la força à se mettre à genoux. Il leva haut son fusil, bien au-dessus de sa tête. Elle releva son visage vers lui. Des larmes commencèrent à couler, fuyant ses yeux, fuyant toute la bestialité que ses iris avaient vu dans l’homme qui venait de passer de protecteur à menace. Sa tête heurta brutalement le sol. Les yeux écarquillés, des gouttes de sang sur le visage, elle sombra dans l’inconscient. Ce coup de crosse avait été d’une violence inouïe. Tags associés : Re-descente
Mardi 24 Février 2009Poster un commentaire
L'Ange et l'Ombre
Regarde l'azur des cieux Et ce soleil de feu
Regarde la douce lumière Qui éclaire la Terre
C'est le fruit des Dieux que tu vois là Un spectacle qu'aucun homme jamais ne créera Les hommes sont condamnés à se noyer dans la fange Un d'entre eux a brisé les ailes d'un Ange
Magnifique être de lumière sacrée Guidé par la foi dans la Voie Lactée A coups d'ailes il gagnait le firmament Jusqu'à ce qu'une Ombre l'assaille lâchement
Ange, combat, reprend toi ! Je ne peux me passer de ta voix Que tes sanglots volent en éclats Que ton coeur en ce monde soit roi
L'Ombre harcèle, fouette de sa langue Je sens ta volonté hélas qui tangue Malmenée par le fiel de ce sinistre Qui au fond cache une âme triste
Une pluie lacrymale tombe désormais Assombrissant le visage de l'espoir défait Impossible, tout n'est pas perdu ? Jusqu'au bout j'y aurais cru !
Alors relève toi, céleste femme Fais briller de ta volonté la lame Parce que tu y crois, j'y crois Parce que sans toi, je ne suis moi
Les yeux mouillés, le coeur battant L'Ange déploit ses ailes au firmament Non, l'Ombre ne peut venir à bout De ce qui n'est pas un monde, mais Tout
Ainsi l'Ombre dans toute son horreur choit Parce qu'un Ange a imposé son choix L'un a troublé la lumière et cherche la rédemption L'autre la possède et pourra en faire don Cette lumière est un trèsor inestimable Aussi fort qu'un amour ineffable Celui d'implorer le pardon pour l'Ombre que l'on a en soi Celui de porter des péchés en soi, celui d'être moi Celui de liberté, de choisir sa voie Celui d'aller de l'avant, celui d'être Toi
Vendredi 30 Janvier 20091 commentaire(s)
La poignée de la porte éclata contre le mur de pierre. D'où j'étais, je ne voyais que les jambes de celui qui venait d'entrer. D'épaisses bottes noires, aux semelles encroûtées de boue sèche. Un pantalon gris, tâché de terre, aux nuances dignes d'une tenue de soldat. Comme le chasseur. Je voyais aussi le bout d'une main tenant fermement un manche de bois au bout duquel un semi disque d'acier était fixé par des clous. La hache primaire s'abaissa. Son extrémité métallique tinta une fois sur le sol, puis s'accrocha à quelque chose. Le chandelier. Je l'avais oublié. Dans ma panique, il était tombé, et maintenant il me trahissait, avec ses flammèches se dandinant moqueusement. Un violent coup de pied l'envoya sur les mollets d'une des captives, celle qui susurrait les paroles d'une berceuse venue d'un monde horriblement lointain. Elle ne réagit pas aux giclures de cire sur ses genoux. Combien d'horreurs avait-elle dû subir pour en arriver au point de ne plus ressentir la douleur ? L'autre captive pleurait, parcourue de spasmes. Si elle n'avait pas été enchaînée, elle serait tombée tant ses jambes tremblaient. Le dos courbée, la tête à peine relevée, elle attendait le pire, car elle ne connaissait plus que ça. Un haut-le-coeur gonfla sa poitrine. Et elle cria, d'une voix éraillée, longuement, accrochant des sons qui se répercutaient entre les murs dans un écho infini, jusqu'à ce que l'homme qui lui faisait face abatte son poing sur son diaphragme. Je découvris à ce moment-là que le chasseur que j'avais combattu était vivant. Blessé, mais vivant. Son épais torse nu suait, collant ses poils. Un entremêlement de bandages rougis couvrait son épaule. Ses muscles saillaient de toutes parts. Il avait le corps d'un gladiateur des temps mythologiques. Il saisit la tête de celle qu'il venait de frapper entre son pouce et son index, et plongea ses yeux dans le sien, lui injectant sa démence. Sa langue allait et venait entre ses lèvres. Il semblait excité. Il avait complètement occulté le chandelier et tout ce que sa présence induisait. J'hésitais entre le soulagement et la peur d'assister à un acte odieux. Le visage de ce dément arborait le masque du désir compulsif. Il laissa choir sa hache de fortune. Ses doigts glissèrent sur la boucle de sa ceinture, puis abaissèrent lentement la braguette de son pantalon. De là, ils volèrent vers la chemise de sa proie. D'un geste violent, il fit sauter la plupart des boutons restants. Je pouvais voir de ma cachette un des seins de la fille : il était traversé sur sa partie supérieure par une fine estafilade qui s'arrêtait au sternum. L'homme devenu bête lécha son menton, ses joues, son cou, s'attardant sur une carotide battant à tout rompre. Des hoquets de terreur de plus en plus saccadés emplissaient la pièce d'une atmosphère insupportable. Je surgis vivement de sous la table et braquais le violeur de mon Sig Sauer. Le colosse se retourna. Sans un mot, je répétais le geste qu'il m'avait fait lors de notre première rencontre. Écœuré de ne pouvoir assouvir ses pulsions barbares, et se sentant idiot d'avoir négligé ce qu'indiquait la présence du chandelier, il s'écarta de la femme aux cheveux noirs, et se plaqua au mur. Il me défiait du regard. Ses doigts se contractaient tant sa fureur était grande. J'approchais de la captive, cherchant à la libérer de ses entraves. Il y avait un rond de fer dans lequel passait toutes ses chaînes. Faisant au plus rapide, je pointais mon arme dessus et tira deux fois. Le rond se fendit, et la captive s'empressa de se démêler de ses maillons. Je voulus me pencher pour l'aider, mais je fus projeter dans les airs. Victime d'un violent uppercut du chasseur, je m'écrasais à terre, lâchant du même coup mon pistolet. Le fou se jeta sur moi. J'esquivais en roulant sur le côté. Une botte me renvoya au sol, imprimant sa semelle sur mon front. Rapidement, je me levais. L'homme peinait à se remettre debout. Son épaule meurtrie en face de moi, je courus, et tel un rugbyman, lançais un coup de pied rassemblant mes dernières forces. Cambré, le chasseur ouvrit une bouche immense d'où sortit un hurlement monstrueux. Il s'écroula sur le côté, haletant, le regard embué par la vivacité de sa souffrance. Je me précipitais vers la prisonnière qui en avait fini avec ses chaînes. Je ramassais au passage mon arme, et, lui prenant la main, lui intimais de me suivre. Nous nous précipitâmes vers la porte. Je la poussais devant moi, et à l'instant où je fermais la porte, des éclats de bois sautèrent : l'homme blessé venait de lancer sa hache, et s'apprêtait à nous pourchasser. Quatre à quatre, je gravissais les marches, coincé entre cette pauvre fille affolée et les pas lourds de notre poursuivant. Une fois dans la chambre, je fis glisser l’armoire afin de refermer l’accès aux geôles, espérant stopper ou au moins ralentir le fou derrière nous. Pendant ce temps, la fille commença à pousser le lit vers moi, lentement. Comprenant son intention, je l’aidais, et plaquais le lit contre l’armoire. Elle s’assit sur le sommier pour reprendre son souffle quelques secondes. J’allais dans le couloir. Je ne voyais rien, il n’y avait aucune source de lumière. Instinctivement, la fille me rejoint et, comme rassurée par ce lien, me prit la main. Elle tremblait, mais bien moins que dans le cachot. Étrangement, je n’entendais plus le chasseur. Était-il évanoui ? Je ne voulais pas le savoir et avançais à tâtons, serrant la crosse de mon pistolet que je pointais toujours devant moi. Sans encombre, nous arrivâmes à l’embrasure qui menait à la pièce principale du chalet. La porte d’entrée était toujours ouverte, ce qui nous permettait de voir où nous marchions. Et qui nous avions en face de nous. Un homme se tenait dans l’encadrement de la porte. De petite stature, la tête baissée, le dos voûté, les bras repliés en croix sur sa poitrine, il ressemblait à un gobelin décharné. Seule sa combinaison militaire grise rappelait un semblant d’humanité. Il releva la tête, écarta les longues mèches qui lui voilaient le visage, et exhiba un sourire démesuré aux couleurs de l’orge. Tandis que de la chambre me parvenaient les premiers échos de lutte entre le chasseur et l’armoire de bois, ses yeux en amande lançaient des éclairs carnassiers qui signifiaient le plus basique des schémas : il était le loup, et nous étions les agneaux. Mon index appuya sur la gâchette du Sig Sauer, qui cracha aussitôt vers le gobelin. Celui-ci ne bougea pas d’un pouce quand la balle siffla en frôlant son oreille gauche. Je fis un pas, et tirais une deuxième fois. Cette fois, la balle se ficha dans l’armature supérieure de la porte. J’étais tellement nerveux que je n’arrivais pas à viser correctement. L’immobilité du nouvel arrivant me troublait, me déstabilisait. Cet être ignorait-il la mort ? Non, loin de là. Quand il déplia ses avant-bras et me darda de deux énormes revolvers, je compris qu’il n’avait qu’un seul regard sur la mort : celui où il la semait. Sa mâchoire inférieure se détacha de son crâne d’un seul coup et claqua sèchement, se balançant comme un pendu sur sa potence. Une sinistre exhalaison me donna des frissons dans le dos. Je sentais la fille secouée par les vagues de l’effroi. Au moment où il resserra ses dents, je me jetais contre la table et la renversais, entraînant la prisonnière avec moi, juste avant que ses deux premiers tirs nous fassent passer de vie à trépas. Pris d’une frénésie furieuse, il vida ses deux chargeurs au même endroit, creusant deux trous dans le plancher. Bien que ses armes soient déchargées, il continua de presser les gâchettes compulsivement, emplissant la pièce d’un clic-clic-clic-clic à rendre fou le plus saint des esprits. Il s’arrêta finalement pour remplir ses barillets. Hurlant de rage et de terreur mêlées, je bondis de derrière mon rempart de fortune et fis feu trois fois sur le maniaque de la gâchette. Je ne sais quelle balle fit mouche quand une petite gerbe pourpre jaillit du côté de son cou. Surpris, il lâcha une arme et porta sa main libérée à sa blessure. Il fit quelques pas en arrière et tomba dans la volée de marches conduisant à l’extérieur. Saisissant ce qui était notre unique chance de nous enfuir, nous courûmes dehors. Nous passâmes à côté du gobelin qui serrait son cou, allongé par terre. Mais où aller ? Un fracas venant du chalet m’intima de prendre une décision très vite : le chasseur venait de s’échapper de sa geôle. La fille me tira par la main et m’emmena en direction des bois. Si elle comptait y semer les deux déments à nos trousses, elle avait probablement omis de penser qu’on pouvait tout aussi bien s’y perdre. Sans nourriture, sans eau, et elle à moitié nue. Un coup d’oeil dans mon dos me propulsa cependant avec elle : le chasseur au bras amputé avait maintenant en main un des revolvers du gobelin. Ce n’était pas le chemin par lequel j’étais venu. Plus large, déblayé, il était apparemment souvent arpenté. La jeune fille me lâcha soudainement et s’arrêta net. Je regardais derrière nous, craignant de voir débouler le colosse. Ma compagne de fortune semblait hésiter sur la route à suivre, elle observait avec insistance le côté le plus boisé du sentier. Elle me reprit par la main et m’intima des yeux de la suivre. Une nouvelle fois, je m’enfonçais dans le sombre empire sylvestre. Durant de longues minutes, sans échanger un mot, nous marchâmes à travers les bois, bifurquant de temps à autre. Puis nous aboutîmes sur une petite esplanade herbeuse qui nous offrait la vision d’un petit lac aux obscurs reflets. De l’autre côté, à quelques centaines de mètres, j’aperçus le chalet dont nous étions enfuis. En bas de l’esplanade, quelques rochers faisaient office de quai pour une barque qui était amarrée à l’un d’eux. La jeune fille s’assit en tailleur et contempla le ciel nuageux. Elle ne souriait pas. Son visage impassible était sale. Sa chemise presque ouverte flottait légèrement dans la brise qui soufflait, dévoilant deux petits seins en forme de pêche. Bien qu’elle ne paraissait pas embarrassée, j’étais gênée de voir ainsi son intimité, d’autant plus que je voyais aussi cette estafilade qui la traversait jusqu’au sternum. J’éprouvais beaucoup de peine pour elle, car bien que je ne la connaissais pas, le simple fait d’imaginer ce qu’elle avait pu subir m’emplissait de chagrin et de compassion. Mon attention se porta sur ses longues jambes nues, qui elles aussi portaient le sceau de plusieurs tortures. Qui était-elle ? Comment était-elle arrivée là ? Est-ce que tout comme moi elle n’avait pas le moindre souvenir de ce qui c’était passé avant ce cauchemar ? Comme si j’avais formulé ces questions à haute voix, elle se releva, et se tint devant moi, fixement. Ses lèvres s’étirèrent doucement, formant peu à peu un timide sourire. Elle passa une de ses mains dans mes cheveux, puis sur ma joue. J’avais l’impression qu’elle se perdait dans mes iris. Je ne savais que faire. Je n’eus pas à réfléchir longtemps à cette question. Le colosse débarqua sur l’esplanade, épuisé, suant avec abondance. Il tenait à peine debout, tanguant telle une chaloupe en pleine tempête. Nous étions juste devant lui et pourtant, il ne nous voyait pas. Il s’arrêta, pencha sur la gauche, puis sur la droite, cherchant son équilibre. Et il s’écrasa lourdement, inerte, les globes oculaires partiellement révulsés, respirant à peine. Cette apparition me fit prendre conscience du danger qu’il y avait à rester ici. Il fallait déguerpir. La barque était notre seule solution. Nous descendîmes la pente abrupte jusqu’aux rochers et grimpâmes dans la barque. Deux rames étaient fixées sur chaque côté. Je les pris, et commençais à exercer mes forces dessus afin de fuir. Il y avait un petit îlot au milieu du lac. C’était là un endroit d’où nous verrions venir n’importe qui, en supposant qu’il y ait d’autres embarcations à proximité. Après quelques minutes, notre barque toucha terre. Nous en descendîmes, et tandis que la jeune fille l’amarrait à l’arbre le plus proche, j’explorais les lieux. L’îlot était composé en plusieurs cercles. Le premier était de galets. Le deuxième était d’herbe et de petites fleurs. Il était assez large pour que nous nous y installions. Le dernier était un épais bosquet qui ressemblait à un cocon d’écorce. J’y aventurais mes bras et sentis quelque chose de métallique. Je saisis l’objet et l’extirpait de son coffre forestier. C’était une valise, ou plutôt un attaché-case. Je l’ouvris, me demandant d’une part ce qu’il faisait ici et d’autre part ce qu’il contenait. De multiples chemises cartonnées y étaient entassées. J’en pris une au hasard et la feuilletait. Elle contenait beaucoup de lettres imprimées, agrafées entre elles, qui ressemblaient à des rapports d’étude. Y figuraient également quelques photos de personnes. En réalité, il s’agissait de plusieurs photos de la même personne, mais sous des angles différents. Tous les documents étaient rédigés dans une langue que je ne connaissais pas, mais que je suspectais être de l’allemand ou de l’autrichien. Tout cela me laissait perplexe... La fille me rejoint, et me prit par la main. Je fermais la valise et m’assis avec elle au bord de l’eau. Elle me fixa, souriante. Sa bouche s’ouvrit, et elle provoqua en moi un soulagement inespéré en prononçant un simple mot : « Merci. »
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Lundi 19 Janvier 2009Poster un commentaire
Il faisait encore nuit lorsque je sortis de ma torpeur. La pluie avait cessé. Un calme plat régnait autour de moi. J'étais seul. Combien d'heures étaient passées ? Il fallait que je me relève et que je parte d'ici. Le chasseur fou pouvait revenir, pour m'achever, ou même récupérer son membre bien que ce soit peine perdue à la vue des premiers signes de pourrissement des chairs. J'appuyais sur ma cheville blessée et souris : elle était bien moins douloureuse qu'avant mon sommeil forcé. Je me mis donc debout, et après quelques pas vacillants, je pus marcher droit avec seulement un léger boitement. Mais une question fit redescendre l'entrain retrouvé : où aller ? Tous les arbres, drapés dans leurs nocturnes habits, semblaient identiques, ne me donnant aucun repère. Seul le buisson qu'avait piétiné le chasseur dans sa fuite m'indiquait comment suivre ce dernier. Toute ma raison me criait de partir à l'opposé, seulement l'hésitation me gagnait. S'il avait fuit dans cette direction, peut-être était-ce par ce qu'il y avait un endroit spécial à atteindre. Une cabane où je pourrais trouver de quoi panser mon front, et peut-être même me laver, et manger. Où peut-être était-ce la panique qui l'avait envoyé par là. Beaucoup de « peut-être » ... Je me rendis compte que je grelottais. Mes habits étaient glacés, à cause de la pluie, et de la température ambiante qui avait terriblement baissé. La morsure de la nuit était de givre. Redoutant l'hypothermie, je suivis les traces de l'homme que j'avais combattu. J'avais bien moins à craindre de lui avec la gravité du mal que je lui avais infligé. Il était même sans doute mort, avec tout le sang qu'il avait dû perdre. De toute façon, rien ne servait de tergiverser avec moi-même, il valait mieux avancer. Pas à pas, la chaleur regagnait mon corps. Je marchais assez rapidement malgré ma cheville, surveillant du coin de l'œil les alentours, prêtant attention au moindre son. Les bêtes nocturnes étaient légions dans certaines forêts, et après ma rencontre avec l'animal enragé qui avait manqué de me dévorer, je me méfiais. La piste que je suivais semblait s'élargir. On aurait pu y marcher à deux côte-à-côte. J'étais sûrement sur une voie menant à un endroit habité, ou au pire simplement fréquenté. La nuit s'évanouissait, succombant aux assauts de l'aurore. Je levais les yeux vers le ciel et distinguais, derrière un épais voile de nuages gris, le disque lumineux et flou qui entamait son ascension quotidienne vers le zénith. J'étais finalement sorti vivant de cet obscur cauchemar. L'entrain s'empara de moi, et j'accélérais encore un peu plus mon rythme, ayant hâte de découvrir ce qui terminait la voie que j'empruntais. J'eus ma réponse une demi-heure plus tard. J'aboutis sur un grand terre-plein sur lequel était construit un chalet. Une balancelle en bois grinçait régulièrement à côté d'un puits de pierre. Quelques dalles cassées s'enfonçaient dans le sol, conduisant au portique du chalet, lamentable imitation des jardins japonais. L'herbe n'avait pas été coupée depuis longtemps à en juger par leur taille : mes pieds y disparaissaient. Derrière l'habitat, la forêt laissait place à un impressionnant panorama. N'importe qui se serait attendu à trouver une vallée verdoyante ou des collines boisées. N'importe qui aurait été très loin de la vérité, bien plus sinistre : la terre portait ici une balafre qui s'étendait jusqu'à l'horizon, sèche gorge rocailleuse, brunie par les vents qui s'y engouffraient, tombeau pour toute créature qui y tombait. A tâtons, j'approchais du bord, et eus le vertige en constatant la profondeur du canyon. Je n'étais même pas certain d'avoir aperçu le fond tant cette cicatrice creusait sa plaque tectonique. De peur d'être aspiré par une force quelconque, je reculais précipitamment. Mon talon glissa sur une des dalles et j'atterris sur le sol. Ma main toucha alors quelque chose d'humide. Du sang. Une flaque de sang. Une flaque du sang du chasseur. Il était ici. J'étais dans sa propriété. Il était vivant. J'allais mourir. Mais étais-je certain que ce soit son sang ? La panique seule me prenait par la main, dansant avec moi la valse du cœur battant et de la sueur froide. Il fallait être prêt. Au pire. Car en cet instant, je ne voyais pas le meilleur. Ce chalet pouvait aussi bien être mon salut que mon tombeau. Je me décidais finalement à y entrer. Je gravis les quelques marches craquantes et posais ma main sur la poignée de la porte en bois. Pas un bruit ne s'échappait de derrière. Je collais mon oreille : rien. Lentement, j'ouvris, cédant du même temps le passage à un rayon de lumière qui, bien que trahissant mon entrée, me permit de voir où j'allais. Etrangement, il n'y avait pas de fenêtre. Une petite pièce apparaissait au fur et à mesure que la porte s'ouvrait. Il n'y avait que peu de meuble : une table de bois, deux chaises, une bibliothèque majoritairement désertée, et une cheminée. Au fond de la pièce, un rideau masquait une embrasure. Un trait de lumière tremblotante s'en enfuyait. J'avançais, laissant la porte ouverte afin de ne pas sombrer dans une noirceur qui aurait rapidement eût raison de ma raison. J'explorais plus attentivement. Sous la table reposait une grande malle poussiéreuse munie de chaînes sur les côtés. J'en saisis une et la tirais. L'armature métallique de la malle râpa le plancher dans un léger déchirement. J'espérais de tout cœur être seul, sans quoi ma présence était très probablement révélée. Alors que j'allais ouvrir la malle, mes yeux aperçurent des marques dans la poussière. Des marques de doigt, énormes. On avait ouvert la malle il y a peu. Etait-ce celle du chasseur dément ? Son contenu allait me répondre. Des armes. Plusieurs pistolets étaient rangés là, ainsi que des boîtes de munitions. Voilà qui m'aurait été utile, si seulement je m'y connaissais un minimum en armement. La seule chose que je pouvais déduire avec quasi-certitude de l'aspect physique de ces armes, c'était qu'ils n'étaient pas récents. Les matériaux utilisés ne correspondaient pas à ceux utilisés de nos jours : il n'y avait pas de polymère sur la carcasse, seulement des métaux de base. Les boîtes de munitions elles-mêmes témoignaient d'une certaine ancienneté, poussiéreuses et cornées. Toutefois, bien que je les pensais âgées, elles n'en étaient pas moins meurtrières. Je ne pouvais pas passer à côté de cet atout défensif. Je n'arrivais pas à choisir un pistolet. J'étais comme un enfant hésitant devant un étal de jouets. Mais quels terribles jouets j'avais à portée de main... Une surprenante alchimie s'opérait en moi. Alors que je n'aurais dû penser qu'à ma survie, j'étais captivé par ces armes. Je les touchais, les soupesaient, les pointaient dans le vide, tel un gamin se prenant pour un héroïque policier d'une désuète série américaine. Puis mon attention s'arrêta sur l'un d'eux. Petit, léger, d'un noir brillant, il s'ancrait parfaitement dans ma main. Je fis quelques gestes, braquais l'invisible, me retournais rapidement, rebraquais l'invisible. J'étais aussi rassuré qu'en pleine appréhension d'être aussi à l'aise avec ce qui pouvait être la faucheuse d'une personne. Je le regardais attentivement, le sondant inconsciemment, comme s'il était pourvu d'une entité qui guidait et guiderait mes gestes. Sur le côté gauche du canon était gravé « Sig Sauer ». Sur le droit, « P220 – Made in Germany ». Ainsi c'était une arme allemande. Une hypothèse me vint, que je devais conforter en observant les autres pistolets. Tous étaient de fabrication allemande. Rapprochant cela du langage qu'avait tenu envers moi le chasseur, il y avait de grandes chances pour que celui-ci soit également allemand. Si c'était bel et bien le cas, que faisait-il ici ? Je m'arrêtais de suite dans ma réflexion, car il n'était pas temps de me poser des questions. Je pris avec moi le Sig Sauer P220, ainsi que quelques boîtes de balles que je fourrais dans les poches de mon pantalon. Je fis descendre le chargeur et constatais qu'il était déjà rempli. Je fermais la malle, et me dirigeais vers la porte lorsque je repensais à l'embrasure. Peut-être cachait-elle des choses utiles ? Serrant mon arme des deux mains, toujours encensé par mes délires de gosse-policier, je longeais le mur jusqu'au rideau. Du canon, je le repoussais, et une faible lumière orangée s'écrasa sur mon visage. J'entrais lentement, le Sig ouvrant la marche, chef d'une meute où la peur s'insinuait. J'étais dans une petite remise au sol jonché de caisses et de tonnelets. Dans les caisses reposaient des fruits, pourris pour la plupart, ainsi que des pots contenant ce qui devait être de la nourriture. Un robinet était planté dans chaque tonnelet. J'en tournais un, et de l'eau s'en échappa. Je bus, savourant la fraîcheur, puis nettoyais mon visage de la terre et de la poussière. Je mangeais ensuite une des dernières pommes mûres, puis deux, puis trois, rassasiant ainsi un estomac malmené. Je sortis soudainement de mon contentement. Comment pouvais-je être aussi stupide, aussi imprudent ? S'il y avait de la lumière, il y avait peut-être quelqu'un. Cambré sur mes deux jambes, je scrutais le fond de la remise. Il y avait encore une porte. Je levais les yeux et découvris au-dessus de ma tête une vieille lampe à pétrole. Elle était accrochée par un petit cerceau de fer à un clou tordu. Je grimpais sur une caisse et la prit des mains. Aussitôt, je la lâchais, les paumes brûlantes, me mordant l'intérieur des joues pour ne pas crier. Et là, je pris conscience de la catastrophe que je venais de créer. Mes glandes lacrymales s'activèrent, la panique occupant tant et si bien mon intérieur que les larmes lui cédaient leur place. Au moment-même où la lampe se brisa sur le plancher, de longs fouets incendiaires claquèrent, lacérant tout autour d'eux. Y compris mes jambes. Je bondis sur le côté, évitant la flaque flamboyante. Instinctivement, je saisis un tonnelet et le jetait sur le feu. Le résultat fût instantané : les flammes explosèrent, créant un petit champignon, projetant des morceaux de bois. J'avais pourtant jeté de l'eau... Forcée par une invisible poigne, ma tête se tourna vers l'endroit où j'avais pris l'eau. Il y avait un minuscule écriteau. Où était inscrit : Rhum. Précipité, j'ouvris un robinet et y trempais ma bouche. De l'alcool. Un autre, et un autre. Enfin, de l'eau se déversa dans mon palais. J'empoignais le tonnelet, et le propulsais au cœur du brasier. Une épaisse fumée grise naquit du choc, aplatissant le feu jusqu'à son extinction. Je battais l'air pour évacuer la fumée qui m'irritait. Impossible de masquer les dégâts. Une odeur de brûlé flottait, et d'épaisses traces noirâtres marquaient le sol. De plus, la lampe à pétrole était brisée, ne prodiguant plus la seule source de lumière. J'allais déguerpir quand un bruit me parvint du fond du couloir. Léger, presque inaudible. A tâtons, j'avançais vers la porte. Ma main glissa sur la poignée, et la tourna doucement. La porte grinça sinistrement, me dévoilant une chambre à l'aspect rudimentaire. Un immense lit pouvant aisément contenir trois personnes me faisait face. Les draps étaient défaits. Sur une table de chevet brûlait un chandelier qui faisait danser les ombres de la chambre. Je fermais la porte derrière moi et vit alors une armoire en bois, massive, plaquée contre un mur. De laquelle s'échappa un gémissement. Un gémissement humain. J'entrepris d'ouvrir l'armoire afin de libérer ce qui y était emprisonné, mais sans succès. Non pas que les portes étaient fermées à clef, mais elles ne semblaient pas être des portes du tout. L'armoire était en réalité un bloc de bois, aussi plein que lourd. Je passais sur le côté et poussais de toutes mes forces. Un « clic » retentit, et la fausse armoire glissa, comme un wagonnet sur des rails. Cette armoire cachée un trou dans le mur, de la taille d'un homme, qui s'enfonçait dans la terre. Un courant d'air s'échappa, humide, annonciateur de moisissure. Je pris le chandelier d'une main, tenais mon pistolet pointé devant moi de l'autre, et descendis. Les marches descendaient en colimaçon. En quelques poignées de seconde, j'arrivais au bout, débouchant sur une grande pièce circulaire à l'aspect moyenâgeux. Et là je découvris d'où provenaient les gémissements : deux jeunes femmes, aux vêtements en lambeaux, étaient enchaînées au mur du fond. Elles portaient des marques de coups, l'une d'elle avait-même toute une partie du visage recouverte d'une croûte de sang. Elles n'avaient pas de pantalon, seulement une chemise à moitié déboutonnée et une culotte. Leurs cheveux longs étaient collés à leur front et leurs joues, mêlés à la sueur, à l'humidité ambiante, et sûrement aux larmes. Celle qui avait le visage à moitié ensanglanté dodelinait de la tête, pendue au mur par les bras, mâchouillait des mèches de ses cheveux blonds tout en chantonnant ce qui devait être une berceuse. Sans aucun doute, elle avait sombré dans la folie. L'autre femme, aux cheveux d'un noir de jais, leva la tête et planta en moi des iris cristallins aussi aiguisés que des poignards. Cela dura un bref instant, puis son regard s'adoucit. Une esquisse de sourire apparût aux commissures de ses lèvres. Elle entrouvrit la bouche, mais je n'entendis rien. Elle baissa les yeux, déçue de quelque chose que je ne saisissais pas. Je voulus m'approcher pour les délivrer quand mon pied fit tinter un objet métallique sur le sol pierreux. Une espèce de longue pique à la pointe rougie traînait là, vestige des innombrables tortures qui avaient dû se produire ici. Je pris alors conscience des étals qui m'encadraient. Sur chaque côté de la pièce, une table exposait maints ustensiles aux formes aussi tordues que sadiques, toutes destinées à des sévices corporels. Certains des esprits les plus désaxés pouvaient aussi s'en servir pour dispenser des sexuels. Tous avaient été utilisés, car aucun n'était propre : une couleur sanguine était en pleine conquête de tous ces instruments de torture. Il y avait même, répandus ça et là, des ossements, des lamelles de chair, et des parties entières de corps pourrissantes dans des bocaux. S'il existait un dieu de la torture, il avait là son autel le plus grandiose. Un bruit derrière moi venait des escaliers. Un bruit de pas. Imposant. Etait-ce le chasseur ? Ou le tortionnaire ? Ne faisait-il qu'une personne ? Quand la porte s'ouvrit violemment, que la jeune femme aux cheveux noirs vomit à la simple vision de celui qui entra, et tandis que je me plaquais au mur sous une des tables dans le vain espoir de passer inaperçu, je sus.
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Samedi 17 Janvier 2009Poster un commentaire
Jeudi 15 Janvier 20091 commentaire(s)
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